1- Un Pathé Marconi 859C

Un Pathé-Marconi 859 C reprend du service après 55 ans.

Il y a déjà fort longtemps j’ai été sollicité par une personne qui en s’aidant d’Internet a trouvé mes coordonnées et m’a supplié de bien vouloir lui remettre en état son vieux poste de radio familial.

En tergiversant un petit peut j’ai fini par accepter et voici l’histoire de sa très longue remise en état.

Au premier coup d’œil c’est vraiment une grosse bête.

Hauteur = 463 m/m, Largeur = 700 m/m, Profondeur = 394 m/m et son poids : 28 kg. Voici figure 01 la photo du monstre.

Ton01

Une très belle réalisation que je n’avais jamais vue, du sérieux, bravo aux gens de chez PATHE.

Après un petit tour sur notre forum mon ami Pierre Roques RFL : 985, m’a fait parvenir une copie de la documentation technique ce qui m’a permis d’appréhender ce travail avec moins d’hésitation.

Côté pannes radio, rien de grave à priori, les condensateurs de filtrage, 3 cartouches haute-tension de 32 MF, 1 de 50 MF, ainsi que 2 de 10 MF, 9 condensateurs papier, 1 lampe EF 85 (pompée) 1 ampoule cadran E10, 6,5V 0,3 A, un porte fusible secteur complet, plus un autre équipé que je rajoute systématiquement par sécurité en protection de la haute-tension côté châssis.

Un nettoyage systématique de tous les contacts, une lubrification de toute la mécanique et il y en a.

La difficulté réside dans la manipulation d’un tel châssis sur la table, son poids et sa taille ne rendent pas la chose aisée et même plus tôt périlleuse, il nécessiterait un support adéquate qu’hélas je n’ai pas.

Après quelques heures dans l’atelier c’en était fait de cette réparation très classique.

Une fois remonté le châssis dans l’ébénisterie j’ai été confronté à une drôle de panne, une ronflette 50 périodes très importante, même avec le volume à zéro.

J’ai ressorti le poste, cherché pendant pas mal de temps, remonté le poste essayé à nouveau et fini par comprendre que cette ronflette arrivait par le clavier de correction de tonalité en façade, j’ai tourné dans tous les sens afin de comprendre ce problème, dès que j’approchais la main ou reposais le poste, le ronflement augmentait.

J’ai fini par démonter la plaque de fond en bois, équipée d’un blindage qui je le pensais devais par l’intermédiaire des fixations être reliée à la masse, en fait il n’en était rien, une main mal informée avait supprimé le fil soudé à une cosse de masse du blindage et ce fil lui-même relié au châssis.

De ce fait, le fond du poste amenait du 50 hertz par les pattes de fixation, au blindage du clavier qui n’était hélas pas relié à un autre point de masse, compte tenu que c’était le fond qui faisait tout.

La veille avant que son propriétaire vienne récupérer son poste, par acquit de conscience je l’ai essayé et je me suis aperçu que le potentiomètre de volume crachait.

J’ai démonté le dessous et vérifié les tensions aux bornes du potentiomètre, il y avait 0,3 volt, j’ai suivi la piste et suis tombé sur un condensateur que j’avais repéré sur le schéma mais qu’hélas j’avais oublié de changer.

Pendant que j’y étais j’en ai profité pour en changer 2 autres que j’avais considérés comme bon.

J’ai remonté le poste et repris mes essais, et j’ai constaté qu’en PU il y avait un léger motor-boating en fonction des corrections de tonalité, je suis à nouveau parti en chasse et je n’ai pu supprimer ce désagrément qu’en rajoutant un filtrage de 50 MF sur la ligne haute tension du préampli BF ?

J’en avais tellement marre que je me suis contenté de ce palliatif.

Mais hélas ! C’était loin et même très loin d’être fini, il restait la platine Pathé à changeur automatique à réparer voir figure 02.

Ton02

voila l’objet de mes nuits blanches.

Dans les années 62 à 64 comme technicien radio j’officiais à la première FNAC à Paris, j’y ai réparé des centaines de platines changeur de toutes marques, j’avais fini par m’en faire une spécialité je réparais pour peu qu’elle ne fut pas bricolée n’importe quel changeur en 10 à 15 minutes.

C’était la grande époque des meubles radios de salon avec phono, surtout des postes Allemands.

Premier travail sortir la platine du meuble : dessouder les fils ce n’est pas trop compliqué, l’extraire fut plus difficile à cause d’un blocage occasionné par le fait que les amortisseurs de platine, en caoutchouc étaient en décomposition, enfin ça ya est elle est sur la table.

Premier examen, le support de bras et d’arrêt moteur est cassé, ouf j’en ai un de disponible, ensuite le sélecteur de vitesse n’agit plus, lui aussi est cassé, voir figure 03, là j’ai encore recours à notre forum et bien sur un ami me procure rapidement un bouton de vitesse mais il est de couleur beige, tant pis.

Ton03

Le sélecteur de vitesse.

 

 

 

 

Ensuite côté mécanique , si le sélecteur est cassé, c’est par ce que les 2 passe-fils sont hors d’usage il faut donc les remplacer par de la gaine plastique prélévé d’un câble micro par exemple, voir figure 4 et 5 et comment les substituer :

Ton04                                       Ton05

Ouf, maintenant je raccorde la platine au secteur, rien ne ce passe, recherche et essais m’amène à conclure que les 2 condensateurs de déphasage de 0,75 Mf sont défectueux, je les remplace par 2 de 0,68 MF que j’ai en stock, nouvelles investigations une bobine du moteur est coupée, j’arrive à rattraper le fil, nouvel essai et ça grogne.

Je recherche et je constate que le moteur est grippé, démontage du rotor,nettoyage des axes et lubrification, nouvel essai, ça y est il tourne, mais il ne s’arrête pas de tourner, nouvelle recherche, le condensateur placé sur l’interrupteur est en court-circuit je le remplace et enfin cela fonctionne.

Après un examen plus rigoureux je vois que les amortisseurs du moteur sont hélas pourris, j’en ai heureusement trois prélévés sur un autre moteur et pas plus, quelle chance je peux les changer.

Ensuite nettoyage de l’axe du galet d’entrainement et du galet, ainsi que du bord intérieur du plateau avec un peu de thrichlorétylène pour le dégraisser une fois qu’il a été dépoli au papier de verre très fin.

C’est bon il tourne, et à la bonne vitesse, contrôlé avec un stroboscope sur le plateau. Surprise je veux mettre un 33 tour et là je n’ai pas d’axe en place il est manquant.

Le voici représenté figure 06 tel qu’il doit être.

Ton06

Et bien tant pis, une nouvelle recherche sur notre forum et un ami m’en fait parvenir un.

Dès que je l’ai reçu je veux le mettre en place et là, mystère impossible de le visser il n’est pas au même pas, renseignement pris, la pièce proviens d’un modèle plus ancien et n’est pas compatible.

Je retourne vers le forum et lance une nouvelle recherche, celle-ci est comme d’habitude couronnée de succès, mon ami Lucien Suhard RFL : 131, me propose une platine de récupération qu’il me déposera lors de notre assemblée générale, ce qui fut fait bien sur.

De retour à l’atelier je prélève l’axe et l’installe sur ma platine, je peux enfin mettre un disque, je lance le disque et surprise un bruit de ferraille se fait entendre.

Je recherche à nouveau, le galet d’entrainement frotte sur le dessous de l’intérieur du plateau, mes investigations m’amènent vers l’axe du plateau où je constate qu’il manque les rondelles servant de calle de hauteur sur le chemin de billes, je les récupère sur la nouvelle platine et cela fonctionne.

En lançant les disques je m’aperçois que le bouton : Rejet c’est cassé, ouf j’en ai un je le change.

Mais ce n’est pas fini, tous les réglages des excentriques ont étés malmenés rien ne fonctionne normalement, la pose du bras, l’arrêt automatique, le retour du bras sur son support, la descente des disques, la tour centreur de 45 tours représentée figure 07, est en pièce et cassée, heureusement j’en ai une en stock, elle est cassée aussi mais avec les deux j’arrive quand même à en faire une qui soit opérationnelle.

Ton07

Je pousse plus loin mes recherches et j’observe une multitude de choses non conformes, des rondelles servant de calle ont été ajoutées de ci de la, un fil tiré est inséré dans la traversée du bras de PU, il manque quelques petits dispositifs indispensables, j’entreprends de remettre tout cela en place, un vrai casse-tête, heureusement que les souvenirs sont encore là.

Je règle tout ce que je peux, mais rien à faire cette platine est hantée elle refuse de se laisser faire, elle n’obéit que rarement, j’en ai tellement marre que je décide de changer la mécanique par celle fournie par mon ami Lucien.

Une fois la mécanique changée, je lance un disque et le bras se déplace en feuille morte.

Je cherche et constate qu’il manque un coussinet à l’articulation du bras, je n’en ai pas, j’en fabrique un avec un morceau de gaine thermo-rétractable et ça marche.

Nouvel essai, c’est mieux, mais tout est à régler encore une fois!

Le disque continue jusqu’à la fin, mais là pas d’arrêt automatique, je cherche et trouve que la pièce montrée à la figure 08 qui est chargée de cette fonction est incomplète il lui manque un ressort de rappel et l’axe de fixation du ressort.

Ton08

Je prélève la pièce sur l’ancienne platine, maintenant l’arrêt auto fonctionne.

Je mets une pile de 45 Tours et lance la lecture, après avoir raccordé la cellule à un petit ampli BF de contrôle.

Hélas, 100 fois hélas ce n’est pas bon, les disques doublent en permanence, je décide de tester et changer mes disques, j’en essaie une quantité étonnante très peu semblent convenir ?

J’insiste plusieurs fois et fini par me rendre à l’évidence, cela ne provient pas des disques, je cherche et fini par supposer que la source de mes ennuis vient de la cellule qui est devenue trop ferme, elle manque de souplesse, j’essaye plusieurs modèles que j’ai en stock, aucune ne conviens je suis obligé de m’en procurer une.

Par Internet c’est relativement facile, je trouve mon bonheur et commande la pièce.

Quand j’ai enfin reçu la tête de lecture je la mets en place, heureusement j’ai le support de tête qui va bien dans mes tiroirs car évidemment celle-ci n’est pas compatible avec l’ancien support rotatif.

Mais avant d’entendre quelque chose il m’a fallut refaire tout le câblage qui était très fatigué. Je lance à nouveau une pile de disques, au bout d’un certain temps plus de musique.

Qu’est ce que cela veut dire ? Une recherche précise me dirige vers la pointe du saphir qui a disparu, dommage je n’en ai pas d’autres, il me faut à nouveau me mettre en chasse par Internet ou je finis par trouver un fabricant Hollandais de pointes en diamant à un prix très compétitif, 17 € livré, au lieu de 24€ en France mais seulement pour un saphir, port en plus.

Ce lien n’est hélas plus fonctionnel en juin 2014, mais en voici d’autres, encore valables en 2017.

http://www.kenselectronics.com/lists/tetrad.htm

https://www.turntableneedles.com/DELMONICO_c_24903.html ,

http://www.saphirvpc.com/ .

J’ai même du changer le bras de PU, la pose de la pointe diamant sur le sillon de départ ne s’effectuant que de façon aléatoire, j’en ai cherché la provenance pendant très, très longtemps, j’ai fini par constater que le support de bras était faussé , une fois changé cela allait beaucoup mieux.

Une fois que la platine a fonctionné normalement après de très long essais et réglages, j’ai entrepris de la réinstaller dans le meuble et bien sur cela n’as pas été du tout, les amortisseurs de la platine étant complètements en lambeau le moteur touchait le poste.

J’ai donc du en fabriquer 3 autres avec un système de suspension que j’avais récupéré sur une platine RADIOHM il y a longtemps voir figure : 09

Ton09

Devant tous ces déboires j’ai pensé que cela rendrait peut être service à la communauté de fournir quelques explications supplémentaires pour le réglage de cette platine.

Voici les points de réglages qu’il est facile de localiser sous et sur la platine :

L’excentrique de réglage de la pose du bras sur son support à la figure 10, avec le bouton moleté de réglage de la hauteur du bras et le trou de réglage de l’excentrique de l’arrêt auto aux figures 11.et 12

Ton10

                                                                        Excentrique arrêt auto

Ton11

                                              Réglage de la hauteur du bras. Ton12

 

L’excentrique de la pose du bras figure 13 et l’excentrique de la descente du nombre de disque à la fois représenté à la figure 14

Ton13

nombre de disque  Ton14

 

Il faut surveiller le bon fonctionnement de la tige de détection de la présence ou fin des disques de la figure 15 en liaison avec la tour centreur de disques et la place du ressort de démarrage du cycle devant Ton15                                                  Ton16

Pour la pose précise du diamant au début du disque il faut régler la vis pointeau placée sur le support de bras, on la visse pour renter vers l’intérieur et on la dévisse pour sortir vers l’extérieur du disque, se référer à la figure 17

   Vis pointeau

Comme conseils importants, je dois vous recommander de faire tous vos essais avec le sélecteur de vitesse sur zéro, d’entrainer à la main le plateau afin de s’assurer que les déplacements de la mécanique sont corrects pour voir si le résultat est celui espéré.

Qand tout semble fonctionner correctement enclancher la vitesse 45 tours et vérifier si tout continue normalement, faites les essais avec 10 disques sur le centreur, quand un cycle complet est terminé, ne pas hésiter à en faire d’autres, mais pour gagner du temps faites les en 78 tours.

Pour mener à bien cette reconstruction j’ai été obligé de réaliser un support de platine afin de voir les cycles de la mécanique pendant leur travail.

J’ai fait au plus simple voir à la figure 18 , deux équerres de bois, plus 2 vis, hélas il n’est pas assez haut. Et voila le travail .

Ton17 1

J’ai du passer au moins 50 heures sur cette platine, si ce n’est plus.

Heureusement, je suis en retraite, mais comme le l’avais promis je l’ai sauvée.

Comme vous avez pu vous en rendre compte, ce ne fut pas un cadeau que d’en arriver au bout, mais plus tôt un challenge afin de vérifier si 50 ans après j’étais encore capable de le faire.

J’espère que cela vous aura intéressés et vous incitera au moins je le souhaite à ne pas renoncer aussitôt qu’une telle demande vous sera faite, c’est vraiment enrichissant.

En mars 2017 son propriétaire est revenu avec son poste pour révision et surtout ajout d’une extension afin écouter la FM au de la des 100 Mhz.

La bande du poste étant de 88 à 100 mhz à l’époque, il ne pouvait écouter sa radio locale de France 3 ainsi que quelques autres situés au haut de la bande FM.

Après examen le poste n’avait rien, seul l’utilisateur avait oublié certaines fonctions.

J’ai proposé l’utilisation d’un petit poste FM analogique extérieur équipé d’une prise écouteur, le tout raccordé sur l’entrée PU.

Avec l’achat de ce petit poste pour 16 €, montré figure 19, la solution était plus rapide et économique que l’installation d’un module FM5.

Ton18

Le Pocket radio Grundig.

Mais comme mon client a pu gouter des plaisirs du Bluetooth sur mon poste radio Pathé de 1933, celui- ci m’a demandé de lui ajouter cette petite merveille de technologie qu’est ce mini récepteur.

J’ai donc acheté sur Internet un nouveau récepteur figure 20, au prix royal de 8 € livré et l’ai adapté à ce monstre de TSF.

Ton19

Le récepteur Bluetooth, Taille: 4.1 x 2.8 x 1.0 cm, et 49 gr.

Son signal de sortie étant plus faible que celui nécessaire pour une cellule phono, j’ai été contraint de prévoir un préamplificateur BF afin d’ajuster son niveau.

Heureusement à l’époque de la fabrication en 1962, était prévue la fourniture d’un deuxième amplificateur pour la stéréo, et une prise extérieure était câblée d’origine à l’arrière du poste, ainsi qu’un préampli BF, figure 21, pour une lampe EF89, fournie en supplément.

Ton20  Le préampli BF.

J’ai donc utilisé ce préampli en ajoutant la lampe manquante EF89, et en modifiant ses entrées et sorties au niveau de la prise femelle châssis stéréo, UMD-Jeanrenaud, figure 22.

Heureusement que j’ai encore du stock et que je peux le trouver aussitôt, je savais avoir dans un tiroir, ce type de connecteur 12 broches indispensable que j’utilisais dans les années 70 pour équiper des dispositifs de fondu-enchainé manuels que je fabriquais en quantité pour la projection de diapositives.

Ton21

La prise mâle vraiment très spécifique !

Cette transformation n’a évidemment pas fonctionné de suite, le potentiomètre de la deuxième voie stéréo crachais allègrement, le condensateur de sortie C30 fuyait, je ne l’avais pas changé la foi précédente n’en ayant pas besoin.

J’ai eu de la chance, j’ai encore une dizaine de connecteurs et seulement un capot complet.

J’ai donc câblé deux fils blindés sur ce connecteur, un avec un jack mâle mono 3,5 m/m pour le petit transistor et sa prise casque, et un autre avec une prise jack femelle pour le module Bluetooth derrière le préampli.

J’ai été contraint d’ajouter une résistance de charge, à la place du HP afin d’adapter le niveau de sortie.

J’ai supprimé les fils du secteur qui arrivaient sur la prise femelle et qui apportaient une petite ronflette.

Après avoir solutionné celle–ci, j’en ai cherché une autre pendant assez longtemps, elle était due au blindage de la planche mobile d’accès au câblage du dessous du poste, lors du premier dépannage j’avais déjà eu des soucis avec ce dispositif.

Equipée d’origine d’un blindage par une feuille d’aluminium collée au bois et qui avec le temps était parti en poussière elle ne faisait plus effet, compte tenu de la grande amplification de l’étage BF, le poste récupérais du 50 périodes en permanence.

Le résultat est époustouflant, il y a une dynamique incroyable, le son est vraiment d’une grande qualité.

Amitiés à tous et à bientôt pour une nouvelle histoire de la radio.

JP Tonnelier RFL : 646.

 

Commentaires (1)

Christian
  • 1. Christian | 12/04/2020
Bonjour Domi,

Sujet très, mais alors, très intéressant !!!!! ça représente tout à fait bien les péripéties du dépannage sur ce genre d'appareil !!!!
Ou même d'autres engins, dans d'autres domaines, du même âge ...
Merci
Rien que la lecture , en me mettant inconsciemment à la place du "restaurateur" , m'a épuisé: je retourne me coucher !!!

Ajouter un commentaire

 

Date de dernière mise à jour : 09/04/2020